Déjeuner du 11 mai 2016 – Conférence de M. Gérard-François DUMONT

Le recteur Gérard-François Dumont, géographe, démographe et économiste, est président de la revue Population et Avenir. Proche intellectuellement d’Yves Montenay, à qui nous devons sa présence, notre invité a traité de la géopolitique de l’Europe, du Brexit et des nouvelles logiques migratoires. C’est dire la grande actualité de cette intervention, qui fut particulièrement appréciée.
BJ

Faute de pouvoir résumer la richesse de la conférence du recteur Gérard-François Dumont et du débat qui a suivi, nous nous limiterons à insister ci-après sur un point essentiel de son analyse. Les facteurs explicatifs du Brexit tiennent non seulement à l’attitude des électeurs britanniques, mais aussi aux décisions de l’Union européenne. Selon Gérard-François Dumont, la politique conduite par les autorités de l’Union européenne pendant ces dernières décennies doit assumer sa part de responsabilité dans le résultat du référendum britannique du 23 juin 2016. En effet, tout s’est passé comme si la seule stratégie de l’UE consistait à s’élargir, stratégie jugée si impérative qu’elle a été mise en œuvre selon une méthode inappropriée.

En effet, le 1er mai 2004, l’UE a effectué un cinquième élargissement à dix nouveaux pays, mais tout en les traitant comme des membres à statut inférieur puisqu’il était annoncé qu’ils ne bénéficieraient pas automatiquement des mêmes conditions que les autres adhérents à l’UE, et notamment de la liberté de circulation des travailleurs. Aussi, en date du 1er mai 2004, douze des quinze pays de l’UE ont refusé d’accorder cette liberté de circulation pour les travailleurs des dix nouveaux pays entrants pour une période dite probatoire pouvant durer jusqu’à sept ans. Seuls trois pays, dont la France, ont refusé cette attitude craintive et peu respectueuse du principe d’égalité entre des pays membres.

En conséquence, les jeunes de ces nouveaux pays entrant dans l’Union n’avaient guère intérêt à aller poursuivre des études supérieures dans les pays non ouverts puisque cela ne pouvait pas déboucher sur l’acquisition d’une première expérience professionnelle dans ces pays. De même, les actifs ne pouvaient accéder librement à un travail que dans l’un de ces trois pays ouverts, et notamment dans celui au plus large marché de l’emploi, la France. Dans ce contexte, et bien que, au milieu des années 2000, donc avant la crise débutée en 2008, d’autres pays de l’UE auraient pu être attirants, il y a donc eu « surmigration » des pays entrant dans l’Union européenne, et tout particulièrement du plus peuplé d’entre eux, la Pologne, vers la France.

Le système mis en place à l’occasion du cinquième élargissement a donc conduit à la concentration, essentiellement en France, de l’immigration intra-européenne en provenance des nouveaux paysmembres de l’Europe de l’Est. Ceci explique que la campagne référendaire de mai-juin 2016 se soit essentiellement centrée sur la question de l’immigration intra-européenne et que le Brexit l’ait emporté lors du référendum du 23 juin 2016.

Je rajoute une remarque personnelle que je n’ai pas formulée pendant la conférence : nous avons raté une immigration polonaise qui a massivement bénéficié à la Grande Bretagne et lui a été très utile d’après The Economist, même si elle a agacé certains Anglais. Souvenez-vous de notre campagne contre « le plombier polonais » que je considère personnellement comme une grave erreur.
Yves Montenay
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