Déjeuner du 21 septembre 2017 – Conférence du Professeur Denis FADDA

A l’initiative de notre ami Dominique-Henri Perrin, nous avons reçu M. Denis Fadda, universitaire et haut fonctionnaire international. C’est au titre de Président international de la Renaissance Française qu’il a développé l’objet de cette organisation centenaire : faire vivre les poches de culture française de par le monde. Enseignant dans diverses universités françaises et étrangères, notre invité est président honoraire de l’Académie des sciences d’outremer. Rappelons que Mme Simone Veil a été présidente d’honneur de la Renaissance Française.
BJ


Au moment où beaucoup s’interrogent sur l’importance et l’efficacité de la langue française, ce que le géographe Onésime Reclus, en 1880, a appelé « la francophonie » n’est pas du tout en déclin. Elle comptera près d’un milliard de locuteurs au milieu du siècle.

La culture française, une matière vivante, en plein essor

A La Renaissance Française, nous nous rendons compte, tous les jours, de l’intérêt qui est porté à la langue française et à la culture du monde francophone. Il y a un peu partout des poches de francophonie, des groupes de personnes qui connaissent le français, veulent le pratiquer, veulent l’utiliser et veulent le transmettre, même dans les pays les plus éloignés du monde francophone. Nous trouvons même ce que nous avons appelé des «communautés francophones dispersées» - terminologie reprise par l’O.I.F. – des communautés surtout constituées de descendants de Français, dans un certain nombre de pays ; par exemple, en Argentine, en Uruguay, au Panama, au Costa Rica, dans le Maine etc.

Notons le bien, la langue française n’est pas seulement une langue internationale, elle est aussi une langue universelle ; et elle est bien la seule avec l’anglais à mériter ce qualificatif. Nous trouvons un peu partout des personnes qui ont plaisir à se retrouver pour s’exprimer en français ou pour évoquer la culture francophone. J’ai rencontré dans un pays anglophone des gens pourtant peu instruits qui se réunissaient régulièrement pour parler de Camus et de sa pensée. L’impact de la pensée française est considérable et dans bien des domaines, la langue française est incontournable.

La culture française choisie par de grands écrivains « étrangers »

Il faut à ce propos souligner combien sont nombreux, dans le monde, les écrivains dont le français n’est pas la langue maternelle mais qui ont choisi cette langue pour construire leur œuvre. La liste est infiniment longue, les roumains Cioran, Ionesco, Virgil Gheorghiu, les Chinois François Cheng, Dai Sijie, Gao Xingjian, les Japonais Aki Shimazaki, Akira Mizubayashi, Makoto Sekimura, l’Albanais Ismail Kadare, les Russes Irène Nemirovski et Andreï Makine, le Grec Vassilis Alexakis, le bulgare Tzvetan  Todorov pour n’en citer que quelques-uns. La plupart se disant héritiers de cet incroyable lignage de penseurs et d’écrivains de langue française : Rabelais, Montaigne, Pascal, La Rochefoucauld, La Fontaine, Bossuet, Montesquieu…

A l’occasion du centenaire de La Renaissance Française, des écrivains dont le français n’est pas la langue maternelle, ont affirmé que le français leur a permis d’exprimer ce qu’ils n’auraient pu dire dans leur langue maternelle et tous ont dit leur amour de cette langue.

La langue française est, par ailleurs, un ciment et ceci il est possible de le vérifier dans les instances internationales, et particulièrement dans le cadre des Nations Unies. Lorsque les Etats membres du groupe des pays francophones prennent ensemble une position sur un texte ou s’accordent sur le choix d’un candidat, ils sont à peu près certains d’avoir gain de cause, je l’ai bien des fois constaté.

Ajoutons que, au sein du système des Nations Unies, parmi les six langues proposées, la langue française est la deuxième langue de communication choisie par les Etats Membres.

La langue française est porteuse d’un esprit, l’esprit cartésien, spéculatif, critique (au sens noble du terme) ; esprit développé au XVIIème siècle et qui a connu son acmé au XVIIIème, avec les Lumières. La langue française est aussi porteuse d’une culture et cette culture nous en trouvons des traces sous les formes les plus diverses à peu près partout dans le monde.

La Renaissance Française : une histoire centenaire

La Renaissance Française œuvre au rayonnement de la langue française et de la culture francophone. C’est une institution qui a une longue histoire. Première initiative francophone, née en 1915, fondée par le Président de la République française d’alors, Raymond Poincaré, avec Lyautey à ses côtés ;établissement d’utilité publique, elle a été placée, à la fois, sous le haut patronage du Chef de l’Etat et celui de quatre ministres, les ministres des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Intérieur et de l’Education nationale. Dès ses origines, elle a été autorisée à accorder des distinctions.

Au cœur de la Grande Guerre, Raymond Poincaré, a assigné à La Renaissance Française la double mission de réintroduire la langue et la culture françaises en Alsace et en Moselle d’une part, et d’autre part, d’apporter sa contribution à l’établissement d’une paix durable entre les peuples par la diffusion de la culture et par la solidarité. Elle a rempli cette mission remarquablement dans les provinces rhénanes et l’a poursuivie tant sur l’ensemble du territoire français que, dès le début des années 20, en Europe centrale et orientale, au Liban, en Egypte ; au-delà ensuite. La paix par la diffusion de la culture, la rencontre, le dialogue, l’échange, le partage demeurent l’axe d’action de notre organisation.

Mais, si elle participe au rayonnement de la langue française et à la diffusion de la culture française et francophone sur tous les continents, il faut souligner qu’elle n’est en rivalité avec aucune autre langue et aucune autre culture. Bien au contraire, La Renaissance Française s’emploie aussi à protéger et à faire mieux connaître les autres cultures et à les faire dialoguer avec la nôtre. Par ailleurs, elle encourage la protection des patrimoines (y compris les patrimoines immatériels, notre environnement, nos paysages), et favorise la sauvegarde des langues minoritaires, des métiers d’art et de l’artisanat.

Par de multiples actions et projets (par exemple le projet «Aquamater» qui, sur trois continents, veut sensibiliser les lycéens au problème de l’eau), elle pratique la solidarité, spécialement dans le monde francophone qui ne se limite pas pour elle aux «Etats et gouvernements» - au nombre de 84 actuellement – qui constituent la Francophonie institutionnelle, mais à l’ensemble des personnes qui, dans le monde – où qu’elles se trouvent – se reconnaissent dans la culture francophone.

Une présence active dans le monde de La Renaissance Française

C’est pourquoi, outre celles de France, elle dispose de délégations dans une quarantaine de pays dont, la plupart, ne sont pas des pays francophones. La Russie, les Etats –Unis, l’Argentine, la Serbie par exemple. Cette diversité se retrouve dans son conseil d’administration qui compte des personnalités de différentes nationalités. Simone Veil, qui était académicienne, a été sa présidente d’honneur jusqu’à sa disparition ; la plupart des présidents d’honneur de La Renaissance Française, d’ailleurs, ont été des membres de l’Académie française. Ce fut le cas, notamment, de Poincaré lui-même qui a été son président d’honneur à l’expiration de son mandat de président de la République, de Lyautey, de Louis Madelin, de Georges Risler, de Maurice Schumann, le prédécesseur de Simone Veil.

Aujourd’hui, l’action culturelle et de solidarité de La Renaissance Française est fort étendue. Notre institution concourt au rayonnement de la langue française, de la culture française et francophone, sous tous leurs aspects et à la protection des patrimoines mais aussi, elle promeut les valeurs de la Francophonie, le respect de la diversité culturelle, le dialogue des cultures et apporte son assistance aux « communautés francophones dispersées » comme aux minorités linguistiques. En vue de rapprocher les hommes et les peuples, partout où elle est implantée, elle s’emploie à faire dialoguer la culture francophone avec les cultures nationales et locales, cultures qu’elle contribue à faire mieux connaître, comme nous l’avons dit.

Elle y parvient par des initiatives multiples et variées prises tant par son siège que par ses délégations, au Costa Rica, en Arménie, en Bulgarie, en France, en Suisse, en Egypte, au Liban, au Sénégal, en Guinée, à Madagascar, … Par exemple, aux Etats-Unis, en 2016, elle a rassemblé à SaintLouis quelque 400 écrivains du monde francophone, elle a créé un institut de la Francophonie, en France, avec l’appui de l’O.I.F., elle a fondé une petite université l’Université francophone de l’France du sud, l’U.F.I.S., en milieu franco-provençal, ceci pour contribuer à la sauvegarde de la langue francoprovençale parlée en deux communes depuis sept siècles et demi et qui ne veut et ne doit absolument pas mourir, car elle fait partie de notre patrimoine commun.

Elle a conclu des accords avec différentes universités, entre autres l’Université Senghor d’Alexandrie, l’Université de Naples Federico II, l’Université de Basilicate, l’Université internationale de Rabat, l’UIR. Elle a mis en place, conjointement avec l’Université Senghor et l’Université de Teramo, le Master « Coopération au développement en Afrique et Méditerranée » et fondé « les rencontres méditerranéennes de Matera », qui ont pour vocation de réunir des intellectuels de tout le bassin méditerranéen ; bientôt naîtront « les rencontres de la mer noire ». En Guinée, notre délégation est la cheville ouvrière et le porte-parole de « Conakry capitale mondiale du livre 2017 – 2018 ».

Notre institution remet annuellement le prix littéraire de La Renaissance Française pour couronner une œuvre en français d’un auteur dont le français n’est pas la langue maternelle. Elle attribue chaque année sa Médaille d’or pour l’ensemble de son œuvre à un écrivain reconnu : l’Algérien Boualem Sansal, l’Ecossais Kenneth White, le Belge Jacques de Decker, le Grec Alexakis.

Ce n’est là qu’un rapide aperçu des actions et coopérations nombreuses et diverses entreprises pour faire vivre, de par le monde, les poches de langue française et de culture francophone et faire aussi que les êtres se comprennent mieux.

A La Renaissance Française nous disons : « Mieux se connaître pour mieux se comprendre et ainsi contribuer à la paix du monde ».
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